Canton de Dammartin en Goële

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 Sujet du message: Les vieux...
MessagePosté: Lun 21 Nov 2011 21:51 
Bonjour,

Pour faire suite au post qui précède concernant les actions de la commune en faveur des personnes âgées, les VIEUX, osons le terme, je me permets d’introduire la question complémentaire suivante :

Savez-vous s’il existe un indicateur fiable de la qualité de vie dont bénéficient les vieux - tous les vieux, les jeunes vieux, dont je suis, les vieux dans la force de l'âge, dont je vais bientôt faire partie, et les vraiment vieux, club respectable auquel j'espère avoir un jour la chance de pouvoir adhérer- dans les communes de la Région Parisienne ?

Vous savez, le genre de classement dont les journaux sont friands ?

A cet égard, comment se situe Dammartin ?

Bon, si un tel classement n’existe pas, ce que je crains, j’en profite pour vous poser la question, que vous soyez vous-mêmes jeunes vieux ou en voie de l’être bientôt.

Qu'en pensez-vous vous-mêmes ?

Fait-il bon vivre à Dammartin quand on est vieux ?
Si vous n’êtes pas encore à l’âge de la retraite vous-même, envisagez-vous avec plaisir d’y prendre votre retraite, ou ferez-vous tout pour déménager ?

Si vous êtes bien, dîtes pourquoi ?

Si vous vous y sentez mal, dîtes en quoi vous vous déplaisez, en tant que « vieux », à Dammartin.
Qu’est-ce qui pourrait être fait pour améliorer la situation ?

Je pense à tous les vieux, ceux qui ont encore une voiture, ceux qui ont encore la force de faire du vélo, ou ceux qui, sans voiture ni vélo, dépendent des transports en commun ?

Ou ne reste-t-il comme lot de consolation que le voyage en car et en groupe à Deauville une fois l'an ?

XP

XP
Invité


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Lun 21 Nov 2011 21:53 
DEVELOPPEMENT du sondage qui précède, et problématique du « VERGER ».

Quand je pense à la qualité de vie à Dammartin, je fais en premier lieu référence à la sécurité, évidemment, sans tomber dans l'excès ni la paranoia : pensez-vous que c’est un luxe de pouvoir sortir le soir pour se balader à pied et aller rendre visite à un voisin habitant à l'autre bout de la commune, ou, pire encore, une entreprise à haut risque ?

Ou au contraire, vous sentez-vous en sécurité, disons, de manière raisonnable ? En d’autres termes, est-ce pour vous un véritable plaisir de vous balader à pied, de sortir de la commune, d'emprunter d'anciens chemins encore empierrés ou envahis par les herbes ?

Si je vous pose ces questions toutes simples, c’est que je repense à mon grand-père, qui aurait pu, tout comme vous, habiter Dammartin, où il aurait pris sa retraite, par exemple, après s’y être établi durant sa vie active du fait de la proximité de Roissy, où, dans cette hypothèse, il aurait travaillé comme mécanicien aéronautique, après avoir, suite à une blessure de guerre en service commandé, perdu son aptitude médicale comme pilote à Air France.

Je pense donc à mon enfance et à mon grand-père, à la joie qui était la sienne de pouvoir, malgré son statut de Grand Blessé de Guerre, prendre son vélo et "monter" au verger, s'occuper de ses abeilles, tailler ses noisetiers, gauler ses noix ?

Combien d'habitants de Dammartin peuvent encore aujourd'hui s'enorgueillir d'une telle qualité de vie ?

Combien de vieux comme le "jeune vieux" qu'était mon grand-père ont-ils un verger à proximité immédiate de la commune ?

Pour vous expliquer l'importance de ce mot "verger" dans l'appréciation que je fais de la qualité de vie, parlons un peu de Dammartin en Goële.

Voici donc une commune, prise entre l'aéroport Charles de Gaulle et la campagne. Je m’explique : CDG, c’est le symbole même de la modernité, du progrès. Mais aussi de tous les effets secondaires de ce progrès.

La campagne, elle est encore toute proche, n’est-ce pas. Mais l’est-elle vraiment ? Et pour quelle proportion de Dammartinois, je veux dire de « vieux » Dammartinois ?

Pourquoi penser à tout ça ? Pourquoi avoir accroché sur ce sujet ? Suis-je si vieux que ça ? Je vais donc vous répondre, ce sera une manière de me présenter, après tout. Mais plutôt que parler de moi, si vous me le permettez, je vais plutôt vous parler de mon grand-père, à la mémoire duquel je dédie ce petit texte.

Deux mots donc sur ce fameux grand-père dont je me "rapproche par l'âge" : Il est mort à cinquante-sept ans des suites de ses blessures de guerre, après vingt années de "'rabiot", comme aurait dit ma grand-mère.

Vingt belles années tout de même, à ce que j'ai cru comprendre, même si je n’étais qu’un gamin alors.

Maintenant c'est mon tour d’être vieux. J’ai bientôt l'âge qu'il avait quand je suis né, et je pose la question : ma vie va-t-elle être aussi belle, aussi remplie que la sienne ? Pour l’instant, je ne me plains pas. Mais c’est quand même cette question du verger qui me tarabuste. Pour moi, pour tous les habitants de la région parisienne, dont Dammartin fait partie.

Car, franchement, de l’exemple que mon grand-père m’a donné, en terme de courage, de soif de vivre, malgré ces quelques grammes d’acier excédentaires dans ses poumons, malgré l’impossibilité de jamais se coucher pour dormir, sauf à y rester, malgré le souffle souvent court et l’air qui parfois vient à manquer, malgré l’obligation de gérer ce précieux souffle comme un nageur de combat, de l’exemple qu’il ma donné, j’ai déduit que la qualité d’une vie de vieux, ça tient à peu de choses : un verger, des ruches, la lecture des revues d'apiculture qu'il recevait et dévorait en autodidacte éternel qu'il était, et, évidemment, son petit fils, son "premier fils", puisqu'il avait eu lui-même une fille, ma mère, et que, se sachant en sursis, il avait à coeur de transmettre à ce petit garçon les principes qui avaient guidé sa propre vie.

Cultiver son verger, et "faire pousser ce gamin comme il faut", étaient donc, je crois, ses deux plaisirs dans la vie. Le boulot ? Je ne dis pas qu'il ne s'y intéressait pas, mais dans la mesure où, après avoir quasi donné sa vie pour son pays, et échappé de peu à la mort, il était redevenu "rampant", je crois qu'il se rattrapait du côté trop statique de son boulot en prenant son vélo et en montant au verger, justement. D'où l'importance de ce bout de terre dans sa vie.

Mais continuons. Car, comme je vais tenter de vous le démontrer, ce verger, aujourd’hui, prend à mes yeux une importance encore plus grande qu’avant. Et une importance paradoxale.

Comment vivons-nous ? Pas trop mal ma foi, soyons honnêtes. Même assez pauvre comme je le suis, et comme le sont la plupart d’entre nous, je mesure le chemin que nous croyons avoir accompli en terme de confort : regardez, nous avons des légumes et des fruits en toute saisons au supermarché, le bocal de cerises du Nord coûte un malheureux euro, celui de miel de Chine guère plus, allons, en apparence, comme des enfants qui pourraient entrer dans un magasin de confiserie et se servir à peu de frais, au point de s’en rendre malades, nous n’avons pas à nous plaindre.

Seulement voilà. Cette aisance apparente dans l’approvisionnement, aisance qui, d’ailleurs, est loin d’être générale, tout n’est pas pour autant « bon marché », mais pour certains produits, réputés chers dans ma jeunesse, quand on les achetait chez l’épicier, si, c’est vrai, les prix ont chuté, au point de nous donner cette impression d’aisance apparente, eh bien, cette impression pourrait avoir pour conséquence de nous faire croire que nous n'en avons plus besoin, de ce petit lopin de terre, de ce petit verger, de ce potager.

C’est vrai, on s’occupe de tout pour nous. Mais tentons d’y voir plus clair, que se passe-t-il ? Eh bien, je vais vous dire ce qu’il se passe. Les Grandes Surfaces, que vous et moi avons vu apparaître avec un réel plaisir dans les années 70, sachez tout de même qu’elles ont un beau jour décidé, elles et leurs exploitants, nouveaux Seigneurs de notre société, de nous mettre en coupe réglée, et de s'occuper, malgré leurs beaux slogans, de vider notre porte-monnaie. Comment ? Très simple. En trouvant, tous les jours, de nouveaux produits, de nouveaux besoins qu'il nous faut satisfaire à tout prix. Par quoi ça a commencé ? Il faudrait chercher, mais, voyons, au départ, par les conserves. La boîte en aluminium a remplacé la conserve que nous faisions nous-mêmes, pour la morte saison, à partir des légumes du potager. Les confitures ont suivi. La viande ? Bon, je ne vais pas me plaindre. N’ayant pas de poulailler nous-mêmes, ni accès à un ami paysan pour la viande bovine, nous allions chez le boucher, comme tout le monde. Et le prix de la viande étant ce qu’il était, ma foi, nous ne mangions pas du steak tous les jours. Ou, si j’en mangeais, c’était parce que ma grand-mère, elle, s’en passait pour m’en acheter. Les supermarchés sont arrivés, et c’est vrai, le prix de la viande en supermarché a baissé.

En fait, il s’est passé pour tout ceci, quand j’y pense, ce qui s’est passé pour le Minitel, il y vingt ans. Gratuit en apparence, du moins l’appareil. Et là, on ne s’est pas rendu compte qu’en fonçant sur ces produits moins chers que chez l’épicier du coin, en fait, nous préparions la fin de notre relative auto-suffisance en produits frais et de saison : Il faut dire que c’est à peu près à cette époque-là, qu’en ce qui nous concerne, nous l’avons perdu, le petit jardin dont parle Jacques Dutronc. A la place, des HLMs, et sur l’opération, des bénéfices juteux et tout le cortège des prébendes et des scandales dont malheureusement, ce genre d’opération immobilière est le terreau naturel. Des bénéfices juteux d’un côté, et la mort de l’autre. Tous les petits vieux que j’ai connus alors, tous sans exception, une fois privés de leur petit verger, sont morts dans les deux années qui ont suivi. Pour eux, le verger, c’était « vital ». En sectionnant le lien à la terre, on leur a fait ce qu’on fait à un plongeur en bouteille en sectionnant son tuyau d’arrivée d’air. Oh, je sais, depuis, nous autres les futurs vieux, nous avons eu le temps de nous adapter. Nous avons adoré la télé, les Dossiers de l’Ecran, au Théâtre ce Soir, Lagardère, les Chevaliers du Ciel, le Petit Rapporteur. Privés de vergers, trente ans avant Internet, nous nous sommes, déjà, enfoncés gaiement dans le virtuel, dans le cathodique, dans le monde de l’image et de l’information toute mâchée. Nous avons, sans le savoir, préparé la structure qui allait nous attendre pour notre vieillesse, une vie faite de télévision dans la chambre, de courses hebdomadaires à l’Hypermarché le plus proche, caddy bien rempli pour ne pas avoir à y retourner, une essence trop chère pour se permettre ça, et, pour finir, un beau jour, une vie rythmée par cette télé, et aussi par l’attente, allez, encore une heure, et ce sera bientôt l’heure du repas dans la "résidence" où on se retrouve, il faut bien le dire, un peu comme en caserne.

La vie, croyez-moi, ce n’est pas ça. Ni à Dammartin ni ailleurs. Ni vieux ni jeune.

La vie, si je me cale, en bon ouvrier, sur le gabarit que m'a légué mon grand-père durant les trop courtes années où je l'ai eu avec moi, la vie, c'est de pouvoir continuer à se prendre en main.

Se prendre en main, c'est justement, pouvoir avoir la force d’aller à Deauville avec un pote, tous les deux, comme des Grands, sans être obligé, une fois de plus, d'être la proie d'une de ces associations et autres organisations non gouvernementales, et bientôt, sociétés privées dans ce secteur juteux du "service à la personne", qui vont, à l'image des Supermarchés et des hypermarchés des années 70, apparaître dans notre paysage avec les meilleures intentions du monde à notre égard.

La force et les moyens, me direz-vous ? Oui, les moyens, ou, mieux encore, le bénéfice de tarifs SNCF les plus doux possibles. D’ailleurs, je pose la question à nos hommes politiques, en ces temps de lutte contre le réchauffement climatique, d’économie des énergies fossiles, de prévention des cancers liés à la pollution atmosphérique : Mesdames, Messieurs les Politiques, dites-nous : à quand la gratuité totale des transports en commun à faible impact écologique, je veux parler du train bien évidemment. Nom d'une pipe, la formule « train plus vélo », qu’affectionnait mon grand-père, on n'a pas encore trouvé mieux en terme d'impact écologique. Si, si, pardon, la péniche tirée par des chevaux sur les chemins de hâlage, mais bon, ça date un peu…

La vie, la vraie vie, pour assurer la continuité avec le post qui précède, même si c’est, en apparence, pour la bonne cause qu’on prend sur les finances communales pour payer à des vieux un voyage en car à Deauville, une fois dans l’année, la vraie vie, à mon humble avis, qui était, je crois, celui de mon grand-père, ce n’est pas de s’entasser dans un car payé par la collectivité, maigre lot de consolation, vous ne trouvez pas ? Pour moi, la vraie vie, c’est de pouvoir prendre le train pour aller à Deauville avec sa femme, en vieux amants, comme dirait Jacques Brel, sa femme ou son mari, quand on a la chance de l'avoir encore. Ou un copain, ou une bande de copains, ou tout seul, si c'est tout seul qu'on se sent bien, pour pouvoir penser. A Deauville avec son vélo, pour rouler sur les planches, peinard, hors saison, et reprendre le train du soir, pour revenir à Saint Lazare, pas super pratique, je sais, le changement Saint Lazare - Transilien, mais bon, il faut faire avec ce qu'on a, et on est bien content de rentrer le soir dormir dans son lit après une bonne journée à la mer, à manger quelques huîtres de Saint Vaast.


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Lun 21 Nov 2011 21:54 
DEVELOPPEMENT du sondage qui précède, et problématique du « VERGER » (suite et fin).

Donc, il faut se battre. Se battre, c'est voter, choisir les bons représentants, militer si on se sent le coeur et la tête à ça, ouvrir un forum comme le présent forum, autrement dit tout faire pour créer les conditions favorables, pour les vieux que nous allons être ou sommes déjà, pour aujourd'hui et pour demain. Et ça peut être super rapide et tenir à peu de choses : regardez, sans prendre nullement parti, cette question de la gratuité des transports sur le réseau francilien. Qui est pour, qui est contre, qui fait quelque chose de concret ?

Et, pour ne pas mettre de l’huile sur le feu en prenant des exemples à Dammartin même, et histoire de mettre un zeste de Marie-Antoinette dans ce texte – toujours pas vu le film de Sofia Coppola- Marie-Antoinette et son amour de la campagne, au point de reconstituer, dans Versailles même, une ferme modèle, je vais vous faire prendre le train et descendre à la station Versailles Rive Gauche, puis, en vélo, revenir vers le château, le laisser à votre droite, longer le Parc, et prendre, là, tout de suite à gauche le long du très beau Bassin des Suisses, dont les arbres ont été par miracle épargnés lors du terrible coup de vent que vous savez. En roulant à partir de ce bassin, parallèlement à l’axe du Grand Canal du Château, en direction de Saint-Cyr l’Ecole, en suivant, en fait, la voie ferrée qui court juste au-dessus, à votre main gauche, qu’allez-vous trouver. D’abord, une ancienne gare de fret, pour ainsi dire désaffectée, avec, sur la droite, d’admirables wagons à l’ancienne, fort joliment décorés de tags que, comme moi, vous trouverez peut-être artistiques. Ensuite ? Sur le même chemin, toujours en vélo, vous allez tomber sur une rareté. Je veux parler des jardins ouvriers du Domaine de Versailles, concédés, au lendemain de la guerre, à des particuliers, pour pallier le manque de produits frais dans une France qui se remettait mal du rationnement.

Je sais que ça fait loin de Dammartin, mais moi, j'aime bien aller faire du vélo sur le domaine de Versailles, et aux alentours.

Surtout quand ça permet de tomber sur un bijou pareil : Une ribambelle de petits jardins ouvriers, tenus avec amour.

Eh bien, il paraît qu’on va les exproprier très bientôt pour agrandir l'espace réservé aux cars de Touristes du Château. Belle politique, non ?

Les cars de touristes ! Et quelle essence mettre dedans bientôt ? Et le RER ? Vous voyez, ça revient toujours au même. D'un côté, des vieux comme vous et moi, moi tout de suite, vous aussi ou sinon vous demain, amoureux de la nature, oh, la nature toute simple, l'odeur de la terre à l'automne, la terre qui fume quand il commence à faire un peu froid comme en ce moment, la terre qui sent bon l'hiver qui arrive, la terre dont on pourrait croire qu'elle se réjouit de la sieste qu'elle va faire, elle s'étire comme un chat, elle ronronne déjà, presque, la terre qui se laisse encore bien bêcher, le sol est encore meuble, et c'est le moment idéal pour l'aérer, la faire respirer, lui donner une bonne bouffée avant l'hiver, la terre noire, organisée en terrasses, des terrasses qui n'ont rien à envier, en harmonie, à celles des rizières dans le fin fond de la Chine, vous savez, ces magnifiques collines du Yunan sculptées en terrasses, eh bien, à une autre échelle, les petits vergers ouvriers du Château de Versailles, c'est la même vue bienfaisante qu'ils offrent, un spectacle qu'on doit à des vieux comme vous et moi, de parfaits individus, totalement isolés, totalement vulnérables face au lobby des exploitants de cars et des tours opérateurs et des politiques qui veulent, à TOUT PRIX, transformer le château de Versailles en une belle opération, aussi rentable, plus rentable qu'un Disney Land, et qui, pour ça, s'en moquent bien, des petits vieux et de leurs petits jardins trop bien entretenus.

Voilà, c’est ça.

L'individu contre les groupes. Et derrière les groupes, les politiques, évidemment, car nous sommes ici dans le Domaine Public, et il faut pouvoir s'arroger un pouvoir de puissance publique, il faut pouvoir se prétendre représenter le peuple pour, ainsi, exproprier à tout va, au nom d'un prétendu intérêt général, en sacrifiant allègrement le bonheur de quelques dizaines d'individus à l'intérêt, en fait, des groupes financiers qui sont derrière la desserte du Château, derrière l'organisation du tourisme de masse qui déferle sur la France, ce beau pays de France, meilleur élève dans la nouvelle division internationale du travail, classe "tourisme", cette masse, cette manne qu'il convient de canaliser au profit de ceux qui détiennent le pouvoir, le pouvoir d'exproprier, de bétonner, de détruire, d'un coup de pelleteuse, le travail de trois générations,

Et c'est là que la politique entre en jeu, et qu'on ne peut pas mettre tous les politiciens dans le même panier. Et que ces politiciens, qu'on le veuille ou non, par le pouvoir toujours grandissant qu'ils ont sur notre vie au quotidien, nécessitent toute notre attention quand vient l'heure du choix. C'est là qu'on peut se dire : qu'a-t-il fait pour nous, celui-là ? Qu'a-t-il fait pour que je conserve le plaisir de vivre à Dammartin, à sortir le soir, à monter tailler mes arbres, à faire un bon feu quand vient le soir et qu'il fait bien froid pour s'y réchauffer, alors que passent les avions au loin en finale pour CDG et que le soleil timide de novembre me fait un clin d'oeil sur l'horizon, entre deux nuages qui passent, et que, dans quelques minutes, je vais pouvoir retirer ces bonnes patates de dessous la cendre et les manger avec un bon calendos des familles. Et puis, reprendre le vélo, et rentrer chez moi sans me faire tuer par une bagnole ou écharper par un pauvre gamin croyant réaliser le casse du siècle. Et me coucher tôt, car dès que mes potes les cheminots auront repris le turbin, j'ai bien envie d'aller à Paris pour fêter le Beaujolais nouveau, qui, cette année, ne coïncide même pas avec mon anniversaire, comme c'était le cas l'autre fois. Une fois pas si lointaine, où j'étais encore jeune, si jeune, si jeune et, sans le savoir, déjà vieux.

Car être vieux, un vieux heureux, philosophe, peinard, épicurien, ça s'apprend dès le plus jeune âge, encore faut-il que les vergers n'aient pas disparu, et que tout l'argent public n'aille pas dans des falbalas, mais serve à une noble cause, celle des patates sous la cendre un soir de novembre, celle des liens sacrés, des gamins qui puissent prendre le Transilien tout seuls, comme des grands, pour venir voir le grand-père à Dammartin, sans craindre de subir les derniers outrages, comme cette pauvre gamine sur la ligne de Juvisy sur Orge, sous les yeux de tous les passagers du wagon, paralysés de trouille et de lâcheté, bon sang, quelle horreur, rien que d'y repenser, j'en sens la colère qui monte.

Pardon, je m’échauffe, je m’échauffe, ce n’est pas bon pour mon cœur, ça, et puis, je n’y arriverai pas tout seul, à résoudre de pareilles horreurs, là aussi, c’est une affaire bien politique, et dont les politiques se sont évidemment emparé avec le succès qu’on sait.

Alors, me direz-vous, pour qui voter ? Je n’en sais rien, fichtre rien. Gauche ? Droite ? J’avoue que ça me dépasse, ou plutôt, j’avoue que je me sens de presque tous les partis, et que, comme tout le monde, j’ai tendance à voter selon mes intérêts de classe, au risque d’oublier l’intérêt général. Que celui qui vote autrement me jette la première pierre.

C’est pour cette raison que j’en reviens à des critères simples comme celui-ci : Dammartin est-elle, sera-t-elle demain, une ville où, d’un coup de vélo, où, au prix d’une bonne trotte, un vieux comme moi pourra s’évader pour retrouver son petit verger, y cueillir des pommes, y emmener ses petits enfants pour avoir la joie de manger des fraises et des framboises et des groseilles et des cassis et de se balancer au bout d’une corde suspendue à la plus grosse branche d’un arbre, et d’y dormir dans une vieille loge de bois après un dîner de côtelettes grillées sous les étoiles et les lumières des avions en finale sur Roissy.

C’est bien ça, pour moi, la question. Dammartin, elle, et toutes ses sœurs placées, comme elle, sur ce cercle précieux, qui, à une heure de Paris Notre Dame, sépare la ville de la campagne, l’urbain du rural, le troisième millénaire du deuxième, Dammartin est-elle, Dammartin sera-t-elle, pour les vieux que nous sommes ou les vieux que nous serons bientôt, cette petite ville dans les vergers, paisible et douce, dont nous conservons le souvenir, cette petite ville de notre enfance si riche tout à la fois de son urbanité et de sa ruralité, riche de ce fragile équilibre entre ville et campagne, ce cordon ombilical entre Mère-Nature et modernité, qui, à sa manière, nous fait envisager, pour nos enfants, l’avenir avec sérénité.


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Lun 21 Nov 2011 21:55 
Très Lyrique XP, mais un peu long. Si vous parveniez à être un peu plus synthétique, on pourrait avancer sur certaines remarques intéressantes de votre prose.
Merci quand même pour l'oxygène que vous dégagez


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Lun 21 Nov 2011 21:56 
En ce qui me concerne, j’ai lu ce texte au moins 8 fois, et toujours avec le même plaisir.

J’ignorais d’ailleurs que nous avions de pareils talents à Dammartin.

J’espère que nous aurons l’occasion de lire d’autres texte de toi XP.

N’hésite surtout pas, comme le fait remarquer Noyen, c’est une sacrée dose d’oxygène que tu nous envoies là…


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Sam 28 Avr 2012 22:39 
XP,
j'ai du mal à te cerner. Caché derrière tes mots tu répètes à satiété le mot "vieux" et je ne sais toujours pas si tu l'es vraiment, tant tu te sers de cet état comme alibi. Comme le disait S SIGNORET, "la nostalgie n'est plus ce qu'elle était" et pourtant ton propos est un mix de "ah comme c' était bien avant (je n'ai pas dit mieux avant)" et de pensée moderne à travers ton dynamisme et ta projection dans l'avenir. Dis nous qui tu es vraiment ( pas ton nom, ta personnalité) et je lirai tes mots plus avec mon coeur que ma raison. Tu nous peins un monde passé idéal , presque aseptisé, où tout le monde il est beau tout le monde il est gentil; tu es de droite , tu es de gauche, vive la grande fraternité universelle. C'est bien, c'est beau, presque romanesque, mais faire des phrases pour le plaisir d'en faire ne suffit pas, il faut leur donner un contenu, ton contenu.
Et n'oublies pas " qu'un homme n'est vieux que lorsque les regrets prennent la place de ses rêves".
Tu te veux philisophe, parle nous de philosophie et l'on pourra échanger car pour le reste je suis obligé de te croire sur parole, n'étant peut-être pas né à l'époque, au temps jadis (lequel) que tu vénères tant.
Il n'en reste pas moins que tes propos font du bien.
Cordialement


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Dim 29 Avr 2012 19:55 
Si vous en voulez d'autres des réflexions comme celle là, il n'y a qu'une solution : Redémarrer le forum...


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Lun 4 Juin 2012 11:02 
Très joli texte XP :)

Je pense que la population commence à aller dans un autre sens. Les trentenaires comme moi veulent revivre certaines bonnes choses qui existaient avant les années 70.
Des choses telles que vivre au vert, cultiver leur potager, avoir un autre type d'éducation pour leurs enfants, prendre le temps de vivre, se balader en forêt... etc...


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 Sujet du message: Re: Les vieux...
MessagePosté: Lun 15 Avr 2013 22:08 
Hors ligne

Inscription: Lun 28 Nov 2011 20:26
Messages: 9
J'ai lu avec intérêt votre contribution, et moi qui ai plus de 60 ans, je ne me sens pas vieux à Dammartin.
Par contre, j'ai la chance d'avoir un verger et des enfants qui habitant un appartement en ville ont chacun pris un bout de ce verger pour en faire un potager.
Ils n'ont pas 30 ans, mais à les voir s'occuper de leur potager je comprend le sens de votre besoin.
Revons un peut :
Pourquoi ne pas proposer aux élus de Dammartin de transformer un petite partie du parc de la Corbie en jardin ouvrier. Je ne sais pas si c'est possible, si le règlement d'occupation des sol le permet, la Corbie ayant été classée en espace boisée naturel pour sa préservation, mais si ça l'est, on ne risquera pas de voir des autocars s'y garer.
Quant pensez vous ?


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